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Résumé de l’épisode 1

Han, l’un des très nombreux princes héritiers de l’Empire du Phénix, vient de fêter ses 17 ans. Comme ses frères avant lui, il doit partir à la recherche de la mythique Perle de Lumière, s’il veut un jour accéder au trône. Dans cette quête, il dispose d’un atout précieux : Miyo, la femme-renard qui veille sur lui depuis son enfance. Mais celle-ci est-elle vraiment désintéressée ?

***

Le matin de son dix-septième anniversaire, le prince Han se réveilla au milieu d’une fourmilière. Il sortait à peine des limbes d’un sommeil délicieux quand les cris le ramenèrent à une réalité bien moins émoustillante. Il se redressa d’un coude sur ses draps de soie jaune, oreilles grandes ouvertes. L’agitation n’était pas inhabituelle dans le palais impérial. Avec près de deux cents concubines et un millier de prétendants au trône, les complots allaient de pair avec les drames. Mais d’ordinaire, tout se passait dans la discrétion la plus absolue. Poison et cordelettes de soie constituaient les armes favorites des comploteurs. Rien qui produisit ce bruit de vases explosés et ces appels sonores, au risque de troubler la sérénité du maître des lieux. Saisi d’un pressentiment soudain, Han attrapa la tunique posée au pied de son lit, l’enfila avec une brutalité qui fit craquer les coutures du vêtement, démêla vaguement des doigts ses longs cheveux et, pieds nus, sortit dans le couloir. Une vive douleur sous la voûte plantaire le fit aussitôt reculer.

— Que signifie… ?

Il baissa les yeux, s’attendant presque à trouver une aiguille empoisonnée ou quelque objet du même acabit. N’entrait-il pas ce jour même dans la compétition officielle pour la succession au trône ? La vue de tessons de poterie le rassura un peu.

— Mon prince ! s’écria un serviteur à la tête tondue. Veuillez excuser ce désordre. Nous poursuivons un renard.

Han sentit ses entrailles se figer. Il inspira doucement, attentif à ne rien laisser paraître de son trouble. Il ne pouvait s’agir de Miyo. Le phénix avait entamé sa course dans le ciel : les créatures de l’ombre avaient depuis longtemps rejoint leur abri. Il devait s’agir d’un animal sauvage ordinaire, peut-être malade.

— Ceux qui l’ont vu prétendent qu’il a neuf queues, chuchota le serviteur en se penchant légèrement vers lui.

— Au lieu d’écouter les racontars, commence par nettoyer ces débris avant que quelqu’un ne se blesse, rétorqua Han en lui claquant la porte au nez.

Il retourna s’asseoir sur le lit, le temps de nettoyer la coupure. Heureusement, celle-ci n’était pas très profonde. Il enfila néanmoins une tenue plus adéquate et des bottes avant de se risquer de nouveau dehors. Il savait bien pourquoi le serviteur lui avait parlé de la sorte : la rumeur voulait que la propre mère de Han ait été une renarde à neuf queues, le seul type de créature surnaturelle à pouvoir affronter la lumière du phénix. Pour preuve, le garçon était né avec une marque en forme de queue dans le dos. Bande d’idiots superstitieux, ragea intérieurement Han. Bien sûr, en ce qui le concernait, la rumeur était exacte. Mais il était le seul à le savoir. L’attitude de son entourage ne reposait que sur de pures suppositions. Combien d’autres enfants avaient souffert injustement ?

D’un pas vif, il se dirigea vers les jardins intérieurs. Si Miyo avait réellement tenté de pénétrer dans le palais, ce dont il la croyait parfaitement capable, elle aurait au moins eu la jugeote de choisir un endroit abrité, après avoir semé quelques fausses pistes. Des serviteurs affolés couraient en tous sens, aux cris de « renard, renard ! » Peut-être se faisait-il des idées. L’un de ses nombreux frères avait très bien pu introduire une bête sauvage dans le palais pour retarder les préparatifs de sa fête d’anniversaire. Quant aux allusions perfides, il en encaissait depuis sa naissance. La mort en couches de sa mère l’avait laissé seul face à une concurrence si féroce que chaque année voyait la mort d’un ou deux enfants impériaux. Il n’avait survécu qu’à force de méfiance et de ténacité. Ne jamais faire confiance à personne, telle était la première leçon qu’il avait apprise. À une exception près…

Il écarta le paravent de papier huilé qui masquait un accès aux jardins et se glissa dehors, l’œil aux aguets. Le surveillait-on ? La haie de bambous pouvait facilement dissimuler un espion. Au cas où, il flâna d’un pas nonchalant le long de l’allée gravillonnée, comme s’il avait tout son temps. Les cris se faisaient plus lointains. La chasse se poursuivait dans une autre partie du palais. Han se détourna brusquement du sentier pour gravir une butte de terre recouverte de longues tiges vertes. Au sommet, les restes d’un ancien pavillon disparaissaient peu à peu dans l’herbe. Le palais était si vaste que certains coins, ceux que Han préférait, demeuraient à l’abandon de nombreuses années avant que quelqu’un ne s’en soucie. Il s’assit sur les planches de bois vermoulu pour contempler le pilier central, de pierre celui-ci, qui supportait la statue d’une divinité particulièrement laide, représentant un monstre ventru. Une statue qu’il aurait juré ne jamais avoir vue auparavant.

— Qu’est-ce qu’il t’a pris ? demanda-t-il à la statue.

Plusieurs battements de cœur durant, il ne se passa rien. Han allait se traiter d’idiot pour avoir parlé à un objet inanimé quand le monstre se gratta l’estomac.

— C’était amusant de les voir courir partout, répondit-il d’une voix minérale.

— Et s’ils t’avaient attrapée ?

Le rire de la statue roula comme un lancer de billes dans un escalier.

— Personne ne m’attrape si je ne l’ai pas décidé, petit prince.

— Les gardes sont plus nombreux au palais qu’en ville.

La statue sauta de son socle, d’un bond disgracieux qui se termina par une courbe parfaite. Le cœur de Han manqua un battement devant la silhouette qui lui faisait désormais face : celle d’une jeune femme de son âge, mince et musclée, dont la chevelure brune s’ornait de reflets roux. Mais surtout…

— Tu as neuf queues, maintenant ? demanda-t-il d’une voix qu’il espérait neutre.

Bien sûr, il avait toujours su que la femme-renard était plus âgée que lui. Ne veillait-elle pas sur lui depuis sa petite enfance ? Mais les mille ans nécessaires à l’obtention d’une neuvième queue lui paraissaient soudain un fossé infranchissable.

— Tu n’es pas le seul dont l’anniversaire tombe aujourd’hui, répondit Miyo, le coin gauche de ses lèvres relevé sur des dents très blanches et très pointues.

— Pourquoi ne me l’as-tu jamais dit ?

— Oh, tu sais, depuis le temps, je ne compte plus, fit la renarde, désinvolte. Mais trêve de bavardages. J’ai deux cadeaux pour toi.

— Ce n’est pas…

— Chut !

La renarde s’approcha de lui d’un pas dansant. L’une de ses queues touffues s’enroula autour de la taille du prince.

— Le premier : je peux t’aider à trouver la Perle de Lumière. Le second…

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Passeurs d'ombre, saison 2© 2013 par Anne Rossi, Numeriklivres. Tous droits réservés.

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