7 Épisode 6, Serpents et grenouilles (extrait)

Résumé de l’épisode 6

Houria commence à souffrir d’être éloignée de la mer depuis trop longtemps. Pour la sauver, Faustin décide de l’emmener à la recherche d’un lac, même si pour cela il doit renoncer à la Perle de Lumière. Guidés par un bâton de sourcier, ils pénètrent dans un monde souterrain dont les habitants sont loin de se montrer tous bienveillants.

***

La vallée coulait entre deux montagnes aux flancs escarpés. Après l’épreuve du labyrinthe, respirer de nouveau à l’air libre était un véritable soulagement. La lumière des étoiles nimbait les voyageurs de sa clarté nébuleuse. Le chien de fortune bondissait gaiement devant eux. Faustin aurait apprécié le voyage si l’inquiétude ne l’avait pas rongé. Il se retourna vers sa voisine. En dépit des températures relativement clémentes de la vallée abritée des vents, Houria avait conservé son épais manteau. De temps en temps, un tremblement incontrôlé agitait ses épaules. Sans voir son visage, masqué par le capuchon, Faustin savait qu’elle avait les lèvres bleues et que sa peau sèche pelait par endroits. Il fit semblant de se tordre la cheville sur une pierre pour ralentir encore le rythme. Personne ne pouvait lui reprocher de jouer de malchance. Et cela permettait à Houria de se reposer un peu. D’un geste familier, il passa une main sur sa nuque. Le poids de la chevelure qu’il avait longtemps portée lui manquait. Parfois, il avait la sensation de rêver. Il allait se réveiller dans son île, sans autre horizon que la mer infinie, tout autour, sans autre perspective que les visites de la sirène, qui illuminaient son existence. Il avait cru ne jamais quitter sa prison rocheuse. Qu’il soit parvenu jusqu’au rivage sans couler, qu’il ait pu se joindre à un groupe de voyageurs, constituait un miracle. Était-ce la présence du chien de fortune ? La force de la malédiction faiblissait-elle ? Et surtout, pouvait-il abandonner la quête de la Perle ? Sans le danger représenté par la malédiction, il aurait fait demi-tour à l’instant et ramené Houria jusqu’à la mer. L’absence d’eau la rongeait. Les résurgences qu’ils trouvaient depuis leur sortie du labyrinthe leur permettaient à peine de remplir leurs gourdes et de se laver avec un linge mouillé. Pas suffisant pour une fille de l’eau. Faustin redoutait toujours que la malédiction n’attire une catastrophe sur sa sirène. Il pouvait supporter que les rochers s’écroulent sur son passage, que le sol s’effondre sous ses pieds, que le feu saute sur ses vêtements, tant que cela ne la mettait pas en danger. Mais un phénomène comme les tigres de glace lui donnait encore des sueurs froides. Tout le monde avait imputé l’incident à la poisse qui lui collait à la peau. Cette lune-là, il avait mis tout le monde en danger. Peu importait pour les autres : ils étaient tous de taille à se défendre, guerriers ou dotés de pouvoirs surnaturels. Mais Houria ? Hors de l’eau, elle devenait une humaine ordinaire, fragile. Il devait veiller sur elle. Même si cela imposait qu’ils se séparent.

Ses lèvres se pincèrent en une ligne horizontale. Il se revoyait, la suppliant de ne pas le quitter. Sa propre faiblesse lui faisait honte. À cause de lui, elle avait tout quitté et elle en mourait. Il aurait dû l’arrêter bien avant. L’empêcher de le suivre par tous les moyens. Il ne s’était pas rendu compte quel risque le voyage lui faisait courir. Quelle idée avait eu ce dragon d’aller se réfugier aussi loin de la mer ! Le chien de fortune courut vers lui. Faustin se demandait si c’était la malédiction qui l’attirait de la sorte, s’il cherchait à compenser un déséquilibre. Il se pencha pour caresser sa fourrure soyeuse. En tête de file, Erika s’était arrêtée sous un résineux pour examiner les alentours. C’était elle qu’il devait convaincre. Elle ne recherchait pas particulièrement la Perle, au contraire des autres. En la payant bien, elle se laisserait sans doute convaincre de conduire Houria jusqu’à la mer. Avec son lynx-garou, elle pouvait la protéger efficacement. Il toucha le coin de son œil du bout de l’index, le revers doré de la malédiction. Avec ses larmes, il pouvait acheter n’importe quoi, ou n’importe qui. Quant à Houria… Elle refuserait, bien sûr. Il s’y attendait. Elle était aussi entêtée qu’adorable. Mais elle n’avait aucun sens de l’orientation. S’il partait durant son sommeil, elle ne parviendrait jamais à le retrouver. Son cœur se serra à cette idée. Le chien de fortune émit un glapissement de protestation : dans son trouble, il lui avait sans le vouloir tiré les poils. Plus tard, quand il serait parvenu à lever la malédiction, il pourrait peut-être la retrouver. Non. Il ne devait pas se bercer d’illusions : pour son propre bien, il devait rendre sa liberté à sa sirène.

***

Faustin se frotta les joues avant de passer un linge humide sur ses paupières. Il avait pleuré si longtemps que sa peau le brûlait. Le petit sac attaché à sa taille avait pris une forme rebondie. Il y avait pratiquement de quoi acheter un royaume, dedans. Si cela ne convainquait pas Erika, rien ne le pourrait. Il revint à pas lents vers le foyer. Miyo avait confectionné un baume à l’aide de plantes locales et montrait à Houria comment en étaler sur sa peau sèche, tout en discutant d’un ton acerbe avec Alex au sujet de ses connaissances en flore locale. Erika regardait la carte avec Han et Marco, s’efforçant de se repérer à la position des étoiles. Il s’approcha sans bruit, dérapa sur un caillou mal placé et s’étala lamentablement à leurs pieds.

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Passeurs d'ombre, saison 2© 2013 par Anne Rossi, Numeriklivres. Tous droits réservés.

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